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Ouanaminthe : diagnostic d'une intelligence en mutation

·Kingson GUERRIER

Jeunes haïtiens sur un toit de Ouanaminthe au crépuscule, un livre ouvert dont les pages s'envolent en flux lumineux vers une tablette et un ordinateur portable

Réponse à l'article « Ouanaminthe, vers un marasme intellectuel ? » du Dr Aldaïr Romario Fleurant

FAR...

Mon collègue...

Au terme de la lecture de ton texte, mon esprit s'est trouvé saisi par la force de ta plume. En voici, frè m, un texte métaphoriquement élégant, où la pertinence du diagnostic « LA DENUTRITION INTELLECTUELLE » est suffisamment puissante pour m'enjoindre à cogiter. Avant même d'ouvrir le débat, il convient de saluer la hauteur de ta réflexion :

CHAPO BA FRÈ M !

Cependant, l'achèvement de cette lecture me pousse à m'interroger, à t'interroger, et à soumettre cette question fondamentale à nos lecteurs :

ET SI NOUS NE SOMMES PAS FACE À UN DECLIN, MAIS PLUTÔT EN PRÉSENCE D'UNE DISRUPTION MAJEURE DES MODES DE CONSOMMATION, DE TRANSMISSION ET DE PRODUCTION DU SAVOIR ?

Pèmèt Mwen di l yon lòt fason : ET SI NOTRE CITÉ, celle de RENÉ THÉODORE, N'EST PAS SIMPLEMENT MALADE ? ET SI ELLE TRAVERSE UNE PROFONDE MUTATION À LAQUELLE ELLE N'A PAS ÉTÉ PRÉPARÉE ?

De l'architecture de l'offre au comportement du consommateur

Pour étayer mes propos, observons, prudence en bandoulière, deux (2) réalités distinctes lors des fêtes patronales du Cap-Haïtien et de Ouanaminthe. À l'occasion de la Notre-Dame, la cité Christophienne propose à ses visiteurs une pluralité d'offres : conférences, causeries, projections et espaces de haute sociabilité en tout genre. Le public y trouve un buffet intellectuel garni où chacun peut manger selon son appétit et, surtout selon son goût.

Autrement dit, moun ki al nan fèt Okap lan ka leve li di: « Marc Alain ap Okap, mwen pwal tande misye »

Li ka leve li di : « Gael ak Cantave ap Versailles wi, m pwal griyen dan m »

C'est une sorte de TOUT MOUN JWENN !

À Ouanaminthe, en revanche, le paysage est tout autre. Sur toutes les lèvres, seuls résonnent les noms des grands orchestres et des soirées dansantes.

« Nan Nulook lan m pwale... »

« Mwen, nan Klass m pwale... »

« Mwen nan AfroLight lan m pwale... »

« Bestie ! M poko achte wòb pou m al nan Klass lan non... »

« Bro ! Fò m ta fon fich pou m ta fè kòb Vayb lan wi... »

Voilà, à mon sens, le véritable symptôme.

Toutefois, ce dernier ne trahit pas uniquement un manque d'appétit intellectuel de la jeunesse ; il révèle surtout une défaillance dans l'architecture même de l'offre. Un marché ne se contente pas de distribuer ce que les consommateurs réclament, il façonne activement leurs habitudes par la régularité de ce qu'il leur propose. (M swete ekonomis yo banm rezon). Si la cité offre dix (10) destinations de divertissement pour une seule destination intellectuelle, l'asymétrie de la fréquentation ne saurait nous surprendre. Le problème réside donc moins chez le patient que dans le système de soins lui-même.

Le diagnostic technologique : de la prohibition à la littératie

FAR, frè m, c'est ici que nos réflexions se croisent et se nuancent aussi. La tienne identifie avec acuité la crise de l'attention provoquée par l'avènement des écrans et des contenus courts. En tant qu'apprenti technologue, il est de mon devoir d'y apporter un éclairage complémentaire. L'internet, l'intelligence artificielle et les réseaux sociaux sont des technologies neutres, IL FAUT ABSOLUMENT LE DIRE. Leurs effets diffèrent radicalement selon l'environnement et le niveau de littératie de l'usager. Le même outil qui aliène un adolescent durant des heures de défilement stérile peut devenir l'instrument d'une formation d'élite. L'ordinateur qui distrait est aussi celui qui abrite une bibliothèque universelle et bien d'autres chose pouvant meubler l'esprit.

La technologie n'a pas tari la nourriture intellectuelle ; elle en a, tout simplement, métamorphosé le canal de distribution. Dès lors, mesurer le temps d'écran de notre jeunesse est une quête stérile. La seule interrogation féconde est celle-là : QUE FONT-ILS DE CE TEMPS ? C'est cette distinction qui sépare le TECHNOCONSOMMATEUR du TECHNOPRODUCTEUR. Notre rôle, en tant que parents, éducateurs et acteurs sociaux, n'est pas d'exiger une déconnexion illusoire laquelle est nulle et non avenue (IL FAUT LE DIRE), mais d'élever la valeur intellectuelle de ce temps de connexion.

Vers un nouveau métabolisme cognitif

Dr Mwen menm avèw lè n te lekòl klasik se te SALLE DE CLASSE lan LIVRE lan ki te separe n ak profesè an.

Aujourd'hui, c'est l'internet, l'intelligence artificielle et les flux numériques qui s'interposent entre le maître et l'apprenant. Le savoir est devenu mobile, réticulaire, personnalisé et accessible à la demande. Vouloir réhabiliter Ouanaminthe en rebâtissant les structures d'hier est une erreur très grosse et très grave. Pour survivre, cette ville que nous chérissons tous doit impérativement adapter ses pratiques et tourner son regard vers l'avenir. Espérer un retour au monde d'avant Google, TikTok ou l'intelligence artificielle est une illusion bercée de nostalgie.

La question n'est plus d'entraver cette transition civilisationnelle (je ne pèse pas mes mots), mais d'apprendre à redorer notre blason intellectuel au milieu de ce pullulement technologique. Il nous faut substituer la logique de la prohibition par celle de la littératie numérique : ENSEIGNER L'ART DE CHERCHER, DE VERIFIER, DE CREER ET D'ANALYSER, TOUT EN CONSERVANT L'ESPRIT CRITIQUE.

Toute révolution exige une adaptation

Gutenberg a jadis arraché le savoir à la seule mémoire des hommes ; l'électricité a redéfini nos rythmes ; Tim Berners-Lee a aboli les distances. Nous traversons aujourd'hui une transition non pas technique, mais civilisationnelle (je le dis tel que je le vois). Le danger ne réside pas dans l'usage intensif des technologies par nos jeunes, mais dans la politique de l'autruche pratiquée par nos institutions éducatives et culturelles face à un monde en perpétuel mutation.

Diversifier le traitement

Si les BRHs (BAR-RESTAURANT-HOTEL) sont les repères les plus visibles de notre jeunesse, c'est qu'il nous incombe de créer de nouvelles destinations, tant physiques que virtuelles. Imaginons une Ouanaminthe interconnectée, où un jeune peut, au cours d'une même semaine, fréquenter un espace de coworking, débattre en ligne, consulter une bibliothèque numérique et, le week-end venu, se détendre dans un espace où la musique, l'alcool, les femmes, les hommes coulent à flot. Il ne s'agit pas d'opposer stérilement le livre au smartphone, mais de concevoir une cité où chacun peut trouver sa juste place.

Il est d'une évidence flagrante que les symptômes d'un affaiblissement sont réels. Oui, la jeunesse mérite qu'on lui tire les oreilles, et les aînés ont le devoir de restituer une part de ce qu'ils ont reçu. Mais je me refuse à croire à une simple DENUTRITION INTELLECTUELLE. Je vois une Ouanaminthe confrontée à une mutation globale de son écosystème, une jeunesse en train de modifier son métabolisme cognitif. Lui administrer les remèdes du passé ne ferait que retarder l'inévitable. Notre responsabilité ultime est de comprendre ce nouveau fonctionnement. OUANAMINTHE N'EST PAS MALADE DE SON ESPRIT ; ELLE MANQUE SIMPLEMENT DE PREPARATION FACE AUX RÉALITES DU SIÈCLE.

Pour l'anecdote

M sonje m te rantre nan yon bar Wanament ak kèk patnè m, nou rive, nou pran tab, nou ploge PC nou pou n travay, mèt espas la deploge yo en disant que l pa gen kouran pou sa.
Fin ... !!!

Kingson GUERRIER
Business Administrator | Consultant en TIC | Project & Data Manager
Directeur Central MhatriX NG | Coordonnateur à la logistique de QPS26

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